fotos dañadas de temas queridos

 

Proust discurre sobre el tema de la dificultad gigantesca que hay de fijar la imagen de un ser querido – básicamente dice que solo fijamos imágenes de seres que no queremos, pues los seres que queremos están demasiado vivos para que podamos de verdad fijarlos – compara con fotos dañadas nuestros intentos de describir en el recuerdo a los seres que queremos. El protagonista, el adolescente, está enamorado de Gilberte y no logra recordarla – ella salió de vacaciones de invierno, y al volver él a los Campos Elíseos donde se encontraban siempre no está ella – y le desespera no poder verla en su imaginación.

A mí me ha pasado – curiosamente me pasaba cuando tomé Teoría Avanzada de Conjuntos por allá en tercer semestre de la carrera (el primer curso en que me encontré con modelos de la teoría de conjuntos, cardinales y ordinales, cardinales medibles y fuertemente compactos, la paradoja de Banach-Tarski, muchas otras cosas que vistas por primera vez daban vértigo y felicidad). No lograba recordar la cara del profesor al pensar en el tablero. Recordaba el movimiento en el tablero, a las siete de la mañana, recordaba el frío, la letra, los conceptos. Pero si intentaba recordar su cara, no lo lograba. Pasó así tal vez medio semestre. No podía recordar la cara de un profesor que marcaría de manera muy profunda mi vida de ahí en adelante.

Ah sí, el fragmento:

(Gilberte cependant ne revenait toujours pas aux Champs-Élysées. Et pourtant j’aurais eu besoin de la voir, car je ne me rappelais même pas sa figure. La manière chercheuse, anxieuse, exigeante que nous avons de regarder la personne que nous aimons, notre attente de la parole qui nous donnera ou nous ôtera l’espoir d’un rendez-vous pour le lendemain, et, jusqu’à ce que cette parole soit dite, notre imagination alternative, sinon simultanée, de la joie et du désespoir, tout cela rend notre attention en face de l’être aimé trop tremblante pour qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette. Peut-être aussi cette activité de tous les gens à la fois et qui essaye de connaître avec les regards seuls ce qui est au-delà d’eux, est-elle trop indulgente aux mille formes, à toutes les saveurs, aux mouvements de la personne vivante que d’habitude, quand nous n’aimons pas, nous immobilisons. Le modèle chéri, au contraire, bouge ; on n’en a jamais que des photographies manquées. Je ne savais vraiment plus comment étaient faits les traits de Gilberte sauf dans les moments divins où elle les dépliait pour moi : je ne me rappelais que son sourire. Et ne pouvant revoir ce visage bien-aimé, quelque effort que je fisse pour m’en souvenir, je m’irritais de trouver, dessinés dans ma mémoire avec une exactitude définitive, les visages inutiles et frappants de l’homme des chevaux de bois et de la marchande de sucre d’orge … — Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleur, I –  p. 481 en Pléiade I).

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